Léopoldine Hugo nous parle


L’arrière-petite-fille de Victor Hugo a très gentiment accepté de rencontrer les élèves qui ont travaillé sur Les Contemplations dans le cadre de leur programme de littérature, une des oeuvres du baccalauréat de cette année. Son aïeule Léopoldine est le personnage central de ce recueil. Sa mort accidentelle à Villequier marque un avant et un après dans la vie de l’écrivain, qui a tenté d’apprivoiser et surmonter son deuil dans de nombreux poèmes, dont le célébrissime "Demain dès l’aube" qui marque un anniversaire.
Les questions à Madame Hugo ont d’abord tourné autour du nom : est-il facile de porter un nom célèbre, cela sert-il ou dessert-il ? Y a-t-il eu une saga familiale autour de cette célébrité ? Est-elle pesante ou plaisante ? Sujet de fierté, d’agacement parfois ?
Elle a parlé en tant que descendante du poète, mais aussi en tant que lectrice, suggéré des lectures comme Les Travailleurs de la mer ou donné des conseils, comme écouter les poèmes (l’enregistrement de La Légende des siècles par André Pomarat, autre Strasbourgeois).
Elle nous a surtout fait découvrir une autre facette de Victor Hugo : l’artiste, avec ses dessins, ses peintures, ses gouaches, et le décorateur, chose plus surprenante : c’est lui en effet qui a conçu et fait réaliser tout l’intérieur de Hauteville house, la maison qu’il a achetée à Guernesey avec les droits d’auteur des Misérables, pour ne pas être expulsé de l’île, durant son exil. Cette maison, aujourd’hui musée, est entièrement sortie de son imagination, et notamment son bureau-verrière devant la mer.
La discussion s’est poursuivie sur l’actualité de Hugo, des aspects de sa pensée très contemporains comme la dénonciation de la misère, de l’injustice, les causes qu’il défend, faisant de sa plume une épée, corps et âme, ses idées visionnaires sur "les états unis d’Europe", mais aussi son respect et son amour de la nature, de la création en général. Madame Hugo, elle, est sensible à la richesse de son cheminement spirituel et souligne qu’en tout il est très humain.
Cette humanité d’Hugo, nous l’avons donc touchée de près : quatre générations seulement nous séparaient de l’écrivain, mais son oeuvre s’est incarnée, le moment de cette rencontre, de manière si naturelle et vivante qu’il semblait, lui qui croyait au retour des esprits, être présent parmi nous.
Merci à Léopoldine Hugo d’avoir partagé ses souvenirs, des anecdotes, ses livres avec nous. Nous nous souviendrons de cette générosité. Puisse-t-elle être le génie qui accompagne les élèves dans leurs derniers mois de lycée, et pour la suite, comme un souvenir concret et complice de la littérature.